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L’émergence d’une politique de la Jeunesse

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[6 septembre 2010]

La jeunesse, en France, est devenue une préoccupation politique récente. En effet, au XIXème siècle, la seule mesure qui concerne strictement les jeunes est la conscription obligatoire pour les jeunes garçon, établie dès 1798 par la loi Jourdan et rendue obligatoire pour tous les garçons en 1905. Les politiques d’éducation concernaient davantage les enfants, tout comme les politiques sanitaires et sociales.

Un Secrétariat d’Etat aux Sports et à l’Organisation des loisirs fait son apparition dans l’Entre deux guerre, dont le principal souci est la démocratisation de l’accès aux loisirs. Les jeunes ne sont pas pris en charge par l’Etat mais confiés à des organisations de jeunesse (à la fois catholiques ou encore politiques). Les auberges de jeunesse sont créées en 1936.

Le régime de Vichy met en place une politique de la jeunesse avec la volonté évidente de contrôler et d’embrigader la jeunesse. Cette politique s’appuie sur trois dispositifs : les chantiers de jeunesse, les écoles de cadres ou écoles de chefs, et les maisons des jeunes, le tout sous la responsabilité d’un Secrétariat général à la jeunesse. Avec la création des Chantiers de Jeunesse du Maréchal prend en charge la jeunesse dans sa globalité, la voyant comme une ressource, qu’il faut canaliser et diriger.

En octobre 1944 André Philip crée à Lyon la "République des jeunes", qui regroupe la plupart des associations de jeunesse et d’éducation populaire de l’époque. Cette fédération est tout de suite financée par l’Etat, dans une société où la priorité est de reconstruire du lien social et d’insuffler de nouvelles valeurs. Une circulaire du 8 mai 1945 détaille les attributions de la République des jeunes et les limites de l’intervention de l’Etat. Apparaît alors le principe de « maison des jeunes », modèle de ce que nous appelons aujourd’hui les maisons des jeunes et de la culture (MJC), développées pendant la présence au gouvernement de Maurice Herzog. Le principe des maisons des jeunes est celui d’une gestion associative : les jeunes doivent eux-mêmes élire leurs conseils avec le soutien du conseil d’administration de la personne morale gestionnaire du lieu.

"Nous voudrions qu’après quelques années, une maison d’école au moins dans chaque ville ou village soit devenue ’une maison de la culture’, une ’maison de la jeune France’, un ’foyer de la nation’, de quelque nom qu’on désire la nommer, où les hommes ne cesseraient plus d’aller, sûrs d’y trouver un cinéma, des spectacles, une bibliothèque, des journaux, des revues, des livres, de la joie et de la lumière. Cette maison serait en même temps une maison des jeunes". (André Philip).

A la Libération, parce que les exemples d’embrigadement de la jeunesse par des régimes politiques sont trop nombreux et trop présents dans les esprits, l’Etat va déléguer aux associations de jeunesse et aux organismes d’éducation populaire la mise en œuvre d’une action publique à l’égard des jeunes.

Les années 60 marquent un tournant pour la place des jeunes dans la société. En effet, on assiste à la naissance d’une véritable « culture jeune » ou d’une "contre culture jeune" : une identité culturelle se crée autour d’un nouveau style de musique, du développement de journaux et d’émissions de radio qui leurs sont dédiés. La place des jeunes dans la société change : ils deviennent des consommateurs. Les jeunes prennent une place dans l’espace social. De ce changement, découle la « révolte mondiale de la jeunesse », qui a lieu à la fin des années 60 (Amérique du Nord, Japon, Europe…) et la question de la prise en compte des jeunes et de leur insertion dans la société devient plus politique. Le mouvement de mai 1968 et la révolte des étudiants et de la jeunesse témoignent de la volonté des jeunes de se faire une place dans cette société.

Dans les années 60, les pouvoirs publics considèrent la jeunesse comme l’avenir et engage d’importants investissements, notamment dans l’éducation.

C’est au début des années 80 que l’attention des politiques commence à se porter sur les difficultés rencontrés par les jeunes dans leur vie quotidienne. Les jeunes sont en effet particulièrement touchés par les phénomènes de précarisation, de paupérisation et de chômage, et c’est ainsi que les initiatives du gouvernement s’attardent sur les problématiques des conditions de vie, de la santé, du logement, de la formation et de l’accès à l’emploi et aussi de la sécurité.

En juin 1981, Pierre Mauroy, alors Premier ministre, charge Bertrand Schwartz de l’élaboration d’un rapport sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes. En effet, la situation des jeunes est préoccupante : les sorties du système scolaire sans qualification sont nombreuses, le taux de chômage est élevé, tout comme la précarité dans les emplois.

De ce rapport découlera, en 1982, la création des Missions locales, pour l’emploi des jeunes, lieu d’accueil et de formation pour les jeunes de 16 à 25 ans, sortis du système éducatif sans qualification et sans emploi.

Autre levier dans la prise en compte de l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, la création en 1983 de la délégation à l’insertion professionnelle et sociale des jeunes en difficulté (DIIJ) et d’un comité interministériel (CIIJ).
Les efforts de l’Etat sont donc portés sur l’insertion des jeunes et non sur une politique globale de jeunesse. Cette initiative est en effet davantage laissée aux collectivités territoriales.

En 2000, la question de l’autonomie des jeunes est apparue fortement dans les travaux du Commissariat au plan qui ont mis en évidence une forte évolution de la situation de la jeunesse, marquée notamment par :

- l’allongement de la durée des études : près de 40 % d’une classe d’âge poursuit des études supérieures ;

- un accès difficile au marché de l’emploi pour beaucoup de jeunes, du fait de l’augmentation générale du chômage : environ un jeune sur deux passe, entre la fin de ses études et l’emploi stable, par une période de transition faite d’emplois précaires ;

- une maturité affective plus précoce, avec formation de couples sans que les conditions d’autonomie résidentielle et professionnelle ne soient réunies ;

- une dépendance des jeunes adultes vis-à-vis de leurs familles qui s’est considérablement accrue, alors que leurs aspirations à l’autonomie se sont fortement développées.

En 2008, la politique publique de réduction de la pauvreté a mis en évidence que les jeunes étaient particulièrement exposés, avec un taux de 20% d’entre eux dont les revenus sont en-dessous du seuil de pauvreté, contre 13% en population générale.

En 2009, la politique du gouvernement en faveur des jeunes adultes et des adolescents est profondément transformée, suite à la réunion du Comité interministériel de la Jeunesse, le 30 janvier 2009, qui a initié une série d’engagements des pouvoirs publics :

- le plan gouvernemental d’action, rendu public le 24 avril 2009, pour l’information, l’apprentissage et la professionnalisation des jeunes de moins de 26 ans,

- le plan gouvernemental d’action en faveur des jeunes « Agir pour la jeunesse », lancé le 29 septembre 2009,

- la loi « Orientation-formation », du 24 novembre 2009, sur la formation tout au long de la vie.

Ces politiques ont inauguré une transformation profonde du dispositif d’orientation scolaire et professionnel, donné un nouvel élan à la lutte contre le décrochage scolaire, permis le développement des actions en faveur de la santé, du logement et de l’autonomie financière des jeunes. Elles sont issues d’une importante concertation avec les représentants des mouvements de jeunesse, des administrations et des experts, dans le cadre d’une Commission sur la politique de la jeunesse, présidée par Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse. Celle-ci produira un Livre vert avançant 57 propositions qui doivent conduire à refonder la politique en faveur des 16-25 ans.

L’un des principaux leviers de cette nouvelle politique en faveur de la jeunesse, sera la création du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, mis en place par la loi généralisant le RSA du 1er décembre 2008. Celui-ci a pour rôle de créer et de financer des politiques innovantes pour la jeunesse, en cohérence avec les décisions de la Commission de concertation sur les politiques de jeunesse. Il est doté d’un budget de 200 M€ qui seront consacrés à impulser et soutenir des initiatives sur différents territoires, selon des modalités évaluées, qui appellent à une généralisation ultérieure.

En 2010, deux leviers supplémentaires sont mis en oeuvre pour une nouvelle politique de la jeunesse :

- la loi du 10 mars 2010 pour la création du Service civique dont l’objectif est de répondre au besoin d’engagement des jeunes tout en leur accordant un revenu qui varie de 540 à 600 € ;

- la mise en œuvre du revenu de solidarité active pour les jeunes au 1er septembre 2010.